Un retour aux sources, dans tous les sens du terme, qui permet aux novices de s'offrir les talents d'une pro de l'oenologie pour apprendre à déguster et connaître les vins. Ceux du Roussillon en tête, bien-sûr. — L’indépendant 10 dec 2016

Une sommelière catalane apprend aux filles à déguster le vin, en mode virtuel et en réel.

Depuis Sainte-Marie où elle habite, Sylvie Aguirre -beau palmarès de sommelière au demeurant- anime un blog qui commence à faire son trou : Le vin conté aux filles. Un retour aux sources, dans tous les sens du terme, qui permet aux novices de s’offrir les talents d’une pro de l’oenologie pour apprendre à déguster et connaître les vins. Ceux du Roussillon en tête, bien-sûr.

 

Parce que c’est mieux qu’il n’y ait jamais loin de la coupe aux lèvres, Sylvie Aguirre mène son projet sur deux fronts : une approche 2.0 pour se laisser séduire; et une démarche « in real life » (* dans la vraie vie) pour concrétiser. Comprenez : d’abord on lit ses chroniques sur son blog, puis on la suit sur les réseaux sociaux et au final, on participe à ses ateliers d’initiation à la dégustation. Enfin « on »… si « on » est une femme. Du moins pour les ateliers. Parce que pour suivre ses activités sur le net, il paraît qu’on ne se gêne pas pour être un homme…

 

Une passion pour les bulles

 

Mais reprenons le fil de notre histoire… Bien que native de Perpignan, Sylvie Aguirre a grandi à Paris et y a exercé très jeune son métier de coeur auprès de très grands noms. Son formateur, Philippe Favre-Brac, a été meilleur sommelier de France puis meilleur sommelier du monde en 1992. A 23 ans, elle a pris les rennes de la cave d’une prestigieuse table parisienne, le Lapérouse.

 

Elle qui, depuis l’âge de 15 ans, savait qu’elle voulait travailler dans le vin, a vu son rêve se réaliser, et sa passion pour les bulles se confirmer au fil de ses visites professionnelles au sein des plus grandes maisons de Champagne. Quelques tables étoilées plus tard, elle s’oriente finalement vers la transmission du savoir en devenant prof d’oenologie à l’Ecole Hôtelière de Paris. Une façon de faire la synthèse de ses connaissances avant de rentrer au pays catalan pour y fonder une famille loin de la frénésie de la vie parisienne.

 

« Dès qu’on touche aux vins, les femmes n’ont pas voix au chapitre »

 

Mais on n’enterre pas une passion comme celle-là sur un coup de tête. A 47 ans, formée en gestion et rattrapée par les effluves du divin nectar, Sylvie lance un site assorti d’un blog exactement dans l’air du temps. Le vin conté aux filles est le fruit d’une expérience nourrie et d’une forte volonté de transmission. Mais aussi d’un constat : « Dès qu’on touche au vin, les femmes -à moins de travailler dans la partie-, sont considérées comme n’ayant pas voix au chapitre, alors que les hommes sont toujours légitimes à s’exprimer même s’ils ne sont pas experts. »

Regrettant que « les femmes n’osent pas« , la sommelière qui sommeille depuis bientôt 20 ans se réveille avec l‘ »envie de s’adresser aux femmes« . Un choix qu’elle assume parfaitement : « Il y a tellement de possibilités pour les hommes… Pour une fois, faisons quelque chose pour nous! »

« Les femmes ne préfèrent pas forcément le rosé »

 

Et de poursuivre sa réflexion : « Il y a eu une campagne très efficace pour les rosés ciblée sur les femmes. On en a fait un vrai produit marketing. Mais de nombreuses études ont montré que les femmes ne préfèrent pas forcément le rosé quand on leur pose la question. J’ai eu envie de sortir de ça », détaille Sylvie Aguirre. Alors elle se remet dans le bain des dégustations et surtout s’initie à la maîtrise de la vidéo et au community management. Pour manier les outils qui lui permettront d’atteindre sa cible à elle : ces « femmes qui s’intéressent au vin, ont les moyens et du temps » à y consacrer. En presque 18 mois, elle a forgé un noyau de clientèle et organise aujourd’hui tous les mois des ateliers d’initiation à la dégustation. Le 1er jeudi de chaque mois, un groupe de 10 à 15 femmes se retrouve à Perpignan, chez Mets et Merveilles, caviste rue des Cardeurs, pour découvrir en priorité des vins du Roussillon.

 

« Oenotourisme à la carte »

 

Fort de sa nouvelle clientèle, sur la base d’une structure d’abord associative, elle compte désormais « écumer les paysages catalans pour créer des événements en lien avec les domaines à destination d’un public féminin« . Elle imagine de l’oenotourisme à la carte, et adresse des propositions aux wedding planners (organisateurs de mariages), des stages de cohésion pour les entreprises, des prestations pour des fêtes ou dégustations à domicile… Prochainement elle lancera des cessions de perfectionnement puis des ateliers de découverte des cépages, pour donner les clés qui permettent de les identifier, quelque soit la façon dont ils sont travaillés ou le terroir dont ils sont issus.

 

Ce qui l’encourage, c’est la bonne ambiance des ateliers. « Entre femmes, la parole se libère, elles sont spontanées et surtout sincères. Elles ne se laissent pas dicter leurs sensations par ce qu’on est sensé penser d’un vin ou pas… Même si j’oriente la dégustation, il n’y a jamais d’erreur possible, alors elles osent donner leur avis. D’autant qu’on a la totale liberté de juger les vins, y compris ceux sélectionnés par la caviste. » C’est cette absence de « frein » qu’elle remarque dans ses ateliers qui fait que Sylvie Aguirre les réserve aux femmes. Mais sa porte n’est pas fermée à la gente masculine pour autant. Pour ces messieurs, il existe une case « sur-mesure ». Il leur faut bien ça.

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